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               ELSA
                  Travestis
                             de
                         Paris
 
 





 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
Créatures fascinantes, les travestis dérangent les certitudes et attisent les fantasmes. 
Toutes ne choisissent pas le Bois, Elsa, Camille et Betty jouissent pleinement d'un destin qu'elles revendiquent... 

Dans son petit studio de la rue des Martyrs aux pieds du Sacré Coeur, Elsa se prépare pour le « Boulot ». 
Il est 16h30, les clients arpentent déjà le quartier. 
Postée devant le miroir de sa salle de bains, elle appose sur son visage les couleurs de la nuit: Un rouge à lèvres rose « Barbie » une couche de fond de teint et redessine ses lèvres avec un stylo contour. 

Une copine colombienne  qui travaille tard le soir au Bois de Boulogne  est  affalée sur le lit, unique meuble de la pièce. 
Le regard perdu vers le plafond, elle évoque avec un petit brin de tristesse les rafles quotidiennes de la police sur son lieu de travail. 

Elsa n'a pas ce soucis: 

Elle règne pratiquement en Reine sur son petit bout de trottoir, au bas de son immeuble. Elle ôte ses vêtements de jour: Un jeans usé un T-shirt blanc qui cache difficilement sa poitrine opulente. 
Elle traverse la pièce sans se soucier de sa nudité puis fouille au fond d'un  grand sac de sport pour en extraire un petit body noir à poids rouges. 
Excepté un poste radio-CD-cassette et quelques miroirs « pour les clients vicieux », le studio est dépouillé de toute trace de vie, et faute de meubles  les affaires sont éparpillées aux quatre coins de la pièce.

Elsa se hâte, pisse dans le lavabo avec un naturel et une impudeur amusants et lâche un soupir: 

«  J'ai vraiment pas envie de bosser ce soir ! ». 

Fraîchement revenue de Rio de Janeiro, ou elle séjourne deux à trois mois par an, elle n'a l'air guère motivée à l'idée de reprendre le tapin. 
Même si les soirées se suivent et ne se ressemblent pas, comme la veille ou elle a fait monter un minet comme ça, pour le plaisir, elle se traîne, enfile  ses bas, son body, fixe ses mèches avec du Spray et revêt son corps à moitié dénudé d'un gros manteau de fourrure pratique et chaud qu'elle retire d'un geste, présentant au client son corps d'amazone… Ses longues jambes épilées, une poitrine à la Gina Lollobrigida et la blondeur d'une Barbarella. 

Métamorphosée en créature, Elsa descend au café du coin, attirant sur son passage le regard des hommes qu'elle alpague dans un élan théâtral: 

« Tu viens chéri on va faire un bout de vie ensemble ». 

Familière du quartier, elle n'est pas dépaysée: Un petit nombre de travestis maghrébins se partagent la rue et attire  du monde entre Michou et Madame Arthur. 
Elsa évolue dans cet univers avec aisance, laissant le client venir à elle refoulant ceux qui « cherchent la queue ».

« Si je bandais, je ferais dix fois plus de clients », reconnait-elle. 

Elsa n'est pas dupe, elle connaît la demande de la majorité des clients à travestis: 

« Un sur deux me demande si je bande, moi c'est pas mon truc. 
Bon, les clients je les laisse faire, mais si un « mari » me touche devant, il signe son arrêt d'expulsion! » 

Malgré cette option en moins, elle gagne très largement sa soirée si bien qu'elle peut se permettre de s'arrêter un trimestre, en étant à l'abri de tout besoin. 
Dans le Privé, Elsa vit dans un très bel appartement avec sa mère avec qui elle entretient de bonnes relations. 

« C'est moi qui fait bouillir la marmite » précise t-elle, pour justifier l'entente familiale. 

Née en Algérie de parents français, elle débarque à Paris à l'age de 12 ans s'oriente vers le tourisme et intègre une agence de voyage dans laquelle elle restera 20 ans. 
Insatisfaite de ses relations homosexuelles: « Je n'ai jamais aime 
qu'on me suce, encore moins baiser », elle se laisse influencer par des amis qui ont déjà franchi le pas, plaque son boulot, elle ne s'étonne même plus des regards sur son passage et commence en 1980 un traitement d'hormones qui accentue sa féminité, réactive la pousse de cheveux, et lui offre une jolie poitrine. 

Elle entame parallèlement une épilation électrique de la barbe qui, au final, lui conférera un physique définitivement
androgyne. 
Professionnellement «  irrécupérable », elle se tourne naturellement vers la prostitution mais si elle sait pertinemment qu'elle est avant tout « demandée » pour son sexe masculin et non pas pour sa 
« chatte de derrière » comme elle s'amuse à dire, cela ne l'a pas découragée dans ses projets : Se faire placer une prothèse dans la poitrine. 
Depuis trois ans, elle trimbale sa poitrine opulente sur le bitume, sans que cela ne détourne les clients de leur fantasme inavoué: La Maman Phallique. 

« Le premier soir de tapin avec mes seins tout neufs, le premier client que j'ai monté s'est jeté sur ma queue... J'étais dégoûtée! », ironise Elsa. 
 

 Suite
 


 

Le Moulin rouge 
ne se trouve pas
Place Pigalle
mais
Place Blanche
 
 
 
 
 
 


 
 
 
 
 
 
 
 

La rue de Martyrs
fait partie 
du Quartier de Pigalle
aux pieds 
du Sacré Coeur
 
 
 
 
 
 
 


 
 
 
 
 
 
 

Michou
et
Madame Arthur
sont deux cabarets parisiens
rue des Martyrs
Ils proposent
tous les soirs
de superbes
diners-spectacles
de transformistes
 
 
 
 
 
 
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le transformisme 
c'est l'art de se travestir 
pour le spectacle.

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